Bonjour journal Sika’a,
Voici en intégralité le texte de ma dictée au BEPC, en juin 1968. J’adore tellement le contenu, qui décrit la vraie nature égoïste de l’homme. Je l’ai entièrement en mémoire. Même dans la rue, je peux vous le réciter. Jean Siwanou TOKINLO-AMOUZOUVI
UNE PHILOSOPHIE DE PLAISIR
Chaque fois que Joseph montait dans sa voiture et saisissait le volant dans ses mains gantées, il éprouvait un sentiment comparable à celui du cavalier qui, tout roide en son armure, bien culé sur son palefroi, les rênes au poing, la lance en arrêt, part pour la conquête du monde sur le chemin des aventures.
Joseph avait eu sa première auto dans les toutes premières années du siècle. Depuis, il en avait acheté, usé, brisé, revendu plusieurs dizaines et de toutes sortes et de toutes grosseurs. Cela ne l’empêchait pas de parler avec nostalgie des temps héroïque de l’automobile et des jours où le sportif pouvait parcourir dix lieues sur une route nationale sans croiser une autre voiture. Car joseph, en matière de plaisirs professait une philosophie barbare et vigoureuse. « Pour qu’un plaisir soit vraiment un plaisir, pensait-il et disait-il parfois, faut que j’en jouisse seul. Faut du moins que le nombre des gens qui en jouissent avec moi soit aussi réduit que possible. Ils me font rire tous ces gaillards qui parlent des besoins de la multitude et de la démocratisation des inventions utiles !… Le vrai plaisir dans la vie c’est d’avoir ce que les autres n’ont pas. Et je sais ce que je dis. Tous ceux qui prétendent le contraire, sont des hypocrites. De quelque côté que je me tourne, je ne vois que des hypocrites, c’est dégoûtant. »
Il regrettait ouvertement le temps où la conduite automobile était un art, une science, un sport. De tels discours n’empêchaient pas Joseph de pousser des colères écumantes lorsque, par grand hasard, l’une de ses voitures s’avisait de faire un caprice. Georges DUHAMEL
Roide : raide. Culé : manière de s’asseoir. Palefroi : cheval de course

